Paris: Combien de vies en sursis dans les immeubles de la Siemp ?


Il y a maintenant quelques mois, le collectif mal-logés en colère occupait successivement la SIEMP, puis les locaux régionaux et nationaux des Verts.

Ces trois occupations avaient un seul et même objectif : faire reloger des demandeurs de logement social, tous habitants d'immeubles pourris.

Si nous avions visé la SIEMP et les Verts, c'était pour une simple raison : cette société, ou la Ville est majoritaire, est chargée depuis 2001 d'une mission d'éradication de l'insalubrité à Paris et elle est dirigée depuis cette date par Mr René Dutrey, également président du groupe Verts au Conseil de Paris.

A Mr Dutrey et avec Mr Mano, adjoint socialiste au Logement, nous avons dénoncé la lenteur des procédures sur les immeubles insalubres : lenteur pour classer le bâtiment en insalubrité, lenteur, ensuite pour que le relogement soit effectué. Nous avions aussi évoqué les classifications administratives douteuses, insalubrité remédiable, indécence qui n'ont qu'un seul objectif : faire un tri sélectif des relogements pour accélérer la pénurie.

Nous avons surtout martelé une évidence : tant que le nombre de PLA-I, seuls logements accessibles aux smicards et en dessous ne sera pas revu à la hausse, les demandes de logement resteront bloquées : 70 pour cent des demandeurs de logement parisiens ne peuvent accéder qu'à ce type de logement, seuls 800 sont construits par an sur Paris, au titre d'une convention entre la ville de gauche et l'Etat de droite. A titre d'exemple, il suffit de regarder les nouvelles constructions de la Siemp dans les arrondissements populaires, en lieu et place des anciens taudis : des logements intermédiaires ou du PLUS.

Notre collectif, bien que petit en nombre a la caractéristique de regrouper indistinctement les sans-papiers et les autres, les familles qui risquent de brler vives comme les Sdf célibataires menacés de mourir de froid.

La litanie des bonnes raisons qui nous sont toujours opposées pour ne pas reloger : pas de papiers, pas assez de revenus, pas d'ancienneté de la demande, c'est la faute de la droite, c'est de la faute des bailleurs, c'est de la faute du parti socialiste, cette litanie a encore tué sept personnes, d'un immeuble possédé par la Siemp depuis six mois. Faut-il six mois pour se rendre compte de la dangerosité d'un immeuble et reloger en urgence ? Faut-il six mois pour régulariser des gens ? Non, il faut une volonté politique qui n'existe nulle part chez nos dirigeants quelle que soit leur couleur.

Depuis, nos occupations, quelques relogements sont tombés,mais la majorité des habitants des immeubles visités par Mr Dutrey sont toujours dans leurs poubelles.

Quand aux Sdf et aux célibataires, ils sont certainement voués à attendre encore plus longtemps, les morts de froid l'hiver n'ayant plus l'air de choquer les médias depuis bien longtemps.

Quant à la difficile survie des trois millions de mal-logés vivants, confrontés aux maladies, aux loyers qui bouffent les trois quarts du revenu, aux conditions carcérales des foyers d'hébergement ou des résidences sociales, aux expulsions , ma foi messieurs dames, c'est la crise du logement. Il faut bien démolir les ghettos et promouvoir la mixité sociale à coups de bulldozer et de ventes de HLM, nos bobos ont besoin d'espace vital et de lofts de 200 mètres carrés pour s'épanouir, la Cour du Maroc et son beau jardin, c'est tout de même plus agréable qu'une cité de prolos, et puis vous ne voudriez pas aussi qu'on remette en cause la sainte propriété privée ? L'hommage aux morts, c'est la lutte qui continue contre les démolitions, l'auto-réquisition des logements vides, le harcèlement des politiques et des bailleurs pour un logement et des papiers pour tous.

[30 aot 2005]

Nadia, collectif mal-logés en colère, à titre individuel


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