Lausanne: Pousser les toxicomanes vers l'Espace autogéré... quelle mouche à donc piqué la municipalité?


Communiqué de presse de l'Espace Autogéré du 4 mai 2005

Pousser les toxicomanes vers l'espace autogéré: quelle mouche à donc piqué la municipalité?

En matière de politique anti-drogue, le trou du M2 est une opportunité qui tombe à pic: le chantier qui a suivi a en effet obligé les toxicomanes, marginaux-ales et autres indésirables de notre société de consommation à délaisser le parvis de l'église St-Laurent. Dans les hautes sphères politiques, on espère bien saisir cette occasion pour qu'ils/elles n'y reviennent jamais. Sous la pression de ces commerçant-e-s, la municipalité de Lausanne a commencé par supprimer le banc circulaire de la rue de l'Ale, où tous-tes les « indésirables » se sont installé-e-s. Dans la lancée, elle annonce par voie de presse que les toxicomanes seront fermement prié-e-s de se déplacer vers la promenade de la Solitude à César-Roux. Une politique de harcèlement policier appliquant la tolérance zéro est censé convaincre les réticent-e-s à se déplacer vers ce nouveau lieu.

Cacher cette misère que l'on ne saurait voir
Depuis quelques années, inspirée par les idéologies sécuritaires qui veulent faire place propre dans les zones commerciales, les autorités s'évertuent à trouver des pseudo-solutions pour contenir la population marginale trop visible au centre-ville. Elles s'appuient pour ce faire sur le néologisme d' « incivilités », terme qui permet de criminaliser à peu près tout et n'importe quoi aux yeux de l'opinion sans avoir besoin de définir de quoi il s'agit.
Le milieu des années 1990 a ainsi été marqué par une succession d'opérations policières qui ont appliqué une véritable diversité de tactiques: rafles massives, chasse aux dealers (qui s'est principalement concentrée sur une chasse au faciès), mise sur pied de sociaux-flics (d'abord des policier-e-s eux-elles-mêmes, puis des médiateurs-trices au rôle ambigu) et introduction d'interdictions de périmètre. Parallèlement, la Soupe populaire a été reléguée de la place St-Laurent à la Riponne, puis dans des locaux décentrés (St. Martin).
Bref, à défaut d'avoir pu s'attaquer aux causes, on s'en est pris aux effets visibles. Il est vrai que pour une capitale olympique tout est question d'image, on ne saurait tolérer des tâches sombres sur la citymap, et comme on nous le martèle depuis une législature: la propreté c'est la sécurité.
Seulement voilà, à force de mettre la poussière sous le paillasson, celui-ci risque de finir par se soulever.

Toxicomanes lieux alternatifs : d'une pierre, deux coups
Le choix de la municipalité de pousser les toxicomanes vers la promenade de la Solitude où elle leur fait miroiter une certaine marge de tolérance n'est pas innocent. Le choix officiel qui motive ce déplacement (la proximité du Centre St-Martin et des nouveaux locaux de la Soupe populaire) n'est il pas une politique claire de « ghetto »? Il se trouve aussi que ce parc jouxte les locaux et le jardin de l'espace autogéré. Il ne se trouve également qu'à quelques centaines de mètres du centre culturel Chien Rouge. On voit déjà venir gros comme une maison l'amalgame alternatifs = drogués. Faut-il rappeler le rôle des drogues dures dans la lutte des autorités contre les lieux de contestation? Au début des années 1980, le centre autonome de Lôzane Bouge a ainsi pourri de l'intérieur avant qu'une descente de police ne vienne lui donner le coup de grâce. A Berne ou à Genève aussi, la police a souvent repoussé le deal et les consommateurs/trices autour des centres alternatifs, laissant à ces derniers le soin de se débrouiller tant bien que mal avec cette population.
Mais la Municipalité a negligé certaines autres paramétres car le quartier de César-Roux compte également un nombre considérable d'habitations ; de plus, le square en question est très prisé des gymnasien-ne-s du Bugnon et de la Cité qui viennent y prendre leur pique-nique.

La prévention c'est la répression
On rit presque lorsque la municipalité prétend coupler prévention et répression, à moins qu'elle n'entende par là, comme l'affirmait récemment un chef de police, que « la répression est une forme de prévention », dans quel cas on ne peut évidemment plus opposer aucun argument rationnel. Peu importe si les mesures sont jugées inadéquates par les spécialistes du terrain ; quant aux personnes concernées en premier lieu et regroupées sous le nom générique de « toxicomanes », on ne leur a tout bonnement pas demandé leur avis.

Le communiqué alarmiste de la municipalité semble donc bien ne répondre qu'à une chose: aux récriminations de quelques commerçant-es, qui semblent avoir la main longue. Le dossier de l'« incivilité » est très clairement utilisé à des fins politiciennes et populistes et les personnes toxicomanes en font les frais en étant désignées comme bouc-émissaire. On aurait pu s'attaquer aux incivilités des conducteurs-trices irrascibles aux heures de pointes, à la forme de dégénérescence de la prétendue civilisation que constitue l'ouverture nocturne des magasins (ou leur ouverture tout court), à la pollution visuelle exercée par la publicité qui envahit le moindre recoin de l'espace public, etc. Mais cela aurait certainement été moins porteur pour les élections qui se profilent...

Espace autogéré de Lausanne


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