Florence, Italie : des squats qui bougent, résistent et s'expriment !


Voici les dernières nouvelles du mouvement squat florentin : un squat "semi-urbain", perché sur les premières collines autour de Florence, a été expulsé, et un nouveau s'est ouvert trois jours plus tard à quelques centaines de mètres, dans un bâtiment appartenant au même propriétaire, une institution sanitaire récemment privatisée, qui pour retrouver un budget "compétitif" revend une à une toutes ses propriétés immobilières. Le nouveau squat prend le nom "Bomba libera tutti" ("Bombe libère tout le monde"), qui est celui d'un jeu de cache-cache du style "délivrance".

Voici trois petits articles autour de ces événements. Les deux premiers racontent les faits, le troisième est un extrait du tract diffusé par le nouveau squat. Tous trois sont parus dans "Stampa clandestina", un journal mural (et aussi en ligne : www.inventati.org/stampaclandestina) hebdomadaire qui analyse les événements de la ville sous un angle radical.

Mercredi 8 mai, à 7h du matin, une centaine de carabiniers et policiers ont fait irruption dans le squat "il Pettirosso" pour exécuter l'expulsion, fortement demandée par le dirigeant de l'ASL (Agence Sanitaire Locale, propriétaire du bâtiment), Menichetti. Les sept occupant-e-s sont monté-e-s sur le toit pendant qu'une centaine de personnes se regroupaient à quelques mètres, dans la rue qui passe en-dessous. La résistance à l'expulsion s'est prolongée pendant douze heures, sous la pluie battante. L'expulsion du Pettirosso n'est pas un problème d'ordre public, soluble sur le plan flico-militaire : voilà ce que les occupant-e-s ont voulu communiquer pendant qu'ils essayaient de défendre leur maison. Vers 19h illes ont accepté de descendre du toit, après avoir obtenu l'ouverture de négociations avec l'administration communale. L'attitude des institutions locales s'est révélée être un double jeu : d'un côté des promesses de résolution du problème, de l'autre la simple volonté de lâcher le bébé... Aujourd'hui aucune solution n'a encore été trouvée, sous prétexte d'un manque d'habitations de propriété publique disponibles. Renouvelant notre MEFIANCE totale dans les processus institutionnels, nous relançons le combat pour le logement, avec des nouvelles occupations..." La maison appartient ? qui l'habite !".

Samedi 11 mai, une maison paysanne a été occupée via del Bigallo 9. Les occupant-e-s sont des étudiant-e-s et des précaires, qui se sont heurtés contre la réalité des loyers inaccessibles, pour laquelle l'ARDSU (Agence Régionale pour le Droit aux Etudes) ne garantit aucune solution ; illes ont choisi d'occuper pour satisfaire leur besoin de logement, pour se libérer et libérer un espace dans lequel créer une vie collective et sociale, pour dénoncer et freiner les politiques libérales de l'ASL à travers des idéaux étrangers aux logiques capitalistes atomisantes et répressives. Une réponse concrète à l'expulsion du "Pettirosso" qui a eu lieu quelques jours plus tôt. Le manège du quotidien tourne toujours dans le même sens... Réveil - rapide petit-déjeuner - trafic - travail - trafic - logis cimenté - télévision... Chacun à son poste imposé... Tu vas à la fac et tu ne comprends pas quel sens peut bien avoir toute ta fatigue : culture en bote, asocialité, frustration du carriérisme forcené... Tu travailles et tu te rends compte de combien tu es précaire, huit heures dans ta journée vendues à bas prix et dont tu n'arrives pas à tirer satisfaction ou enthousiasme, un travail qui à échéance du contrat passera à quelqu'un-e d'autre et dans lequel tu ne peux pas t'impliquer, dans lequel tu ne peux pas te réaliser ; dans le meilleur des cas tu vis en attente de la retraite... Le soir, rendez-vous quotidien avec l'annihilation télévisuelle dans le nid familial... Et voilà qu'arrive le week-end : bars pleins à craquer où tu payes ton divertissement (et tu le payes même cher !) et où la musique est tellement forte que la socialisation est presque impossible. Voilà plus ou moins ce que nous vivons ou ce qui nous entoure, tu le sens chez les gens qui attendent le bus, qui marchent dans la rue, ou qui font la queue au supermarché, et tu te demandes s'il est possible qu'ils aient oublié qu'ils ont été enfants... Quand on jouait à cache-cache et qu'il était possible de se libérer en courant... Nous avons décidé de nous libérer du ciment, de la lobotomie télévisuelle, de la solitude du studio, en occupant une maison.
En nous réappropriant ces collines trop souvent réservées à la résidence de celleux qui ont des sous pour s'acheter du vert ou à un tourisme "alternatif", nous rentrons directement en contact avec la nature, valeur aujourd'hui oubliée de la société du ciment. Avec cette occupation nous soustrayons à un marché de toute évidence élitaire l'une des nombreuses maisons abandonnées qui appartiennent à l'ASL, qui serait devenue une villa à chambres d'hôtes ou la maison secondaire de quelque touriste ennuyé. Illes veulent nous faire croire que l'argent retiré de la vente serait utilisé pour l'achat de nouvelles machines pour les centres de soins. Mais on n'y croit mot quand on pense à l'énorme trou dans le budget de l'entreprise (parce que désormais il s'agit bien d'une entreprise) ; l'ASL, depuis la privatisation, se comporte exactement comme une entreprise privée, c'est-à-dire qu'elle vend ses propriétés immobilières et coupe les dépenses sanitaires pour réussir à assainir le budget à la fin de l'année (lundi 6 mai a eu lieu l'énième vente aux enchères). La privatisation et la libéralisation comportent la décentralisation et la régionalisation de la gestion, non seulement administrative, mais aussi économique : passage d'entiers secteurs de la santé aux mains des hommes d'affaires, vente du patrimoine public à l'avantage des habituels spéculateurs et au détriment de la collectivité. Les fonds destinés aux dépenses pour la santé ont été coupés davantage, et les régions, dans le nouveau contexte libéral, peuvent choisir leur ligne politique de manière indépendante, créant ainsi des qualités différentes de services selon les régions et les niveaux de revenu : le seul objectif est l'exécution de l'état social. L'expulsion le 8 mai du squat "Pettirosso", qui s'est déroulée après un siège des menaçantes forces du désordre, s'intègre parfaitement dans cette optique entrepreneuriale. Les occupants ont résisté sous la pluie battante, en restant sur le toit pendant 11 heures, en tentant d'empêcher l'acte répressif. Les faits de cette journée sont la preuve de combien l'apparente volonté de dialogue et d'ouverture autour de la question du logement de la part du maire de Bagno a Ripoli ne sont que des tentatives démagogiques et hypocrites pour déguiser de social la soumission aux choix néolibéraux. Convaincus de l'importance et de la nécessité d'une réponse forte, nous avons décidé d'occuper cette maison, abandonnée depuis longtemps, pour en faire un lieu de sociabilité et d'agrégation ouvert sur l'extérieur, avec des initiatives politiques et sociales pour qu'un patrimoine public soit réellement dédié au bien-être collectif.

reporter from caravelle <rafa@inventati.org>


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